«Après avoir été turfiste, je suis passé de l'autre côté de la barrière»

«Après avoir été turfiste, je suis passé de l'autre côté de la barrière»

 Par Didier BARLOGIS, propriétaire de chevaux de course, le 16/07/2011 | Réagissez à cet article 

Une fois n’est pas coutume, nous avons rencontré un propriétaire de chevaux de course. Didier Barlogis revient avec nous sur l’investissement dans des parts de chevaux de course. Quelles sont les erreurs à éviter ? Est-ce plus ou moins risqué que de parier en ligne sur le turf ?

KUZEO : « Bonjour Didier Barlogis. Pouvez-vous rappeler votre parcours ? »

Didier Barlogis : Informaticien et plus particulièrement spécialisé dans les techniques d'analyse de données complexes, je suis passionné de compétition et de courses de chevaux depuis plus d'une trentaine d'années. Après avoir été turfiste, j'ai décidé de passer de l'autre côté de la barrière depuis plus de 20 ans déjà. En 1989, j'ai acheté mes premières parts de chevaux en entrant dans une écurie qui s'appelait alors l'écurie Jumper. Co-propriétaire de plusieurs galopeurs de bon niveau, j'étais enfin devenu acteur et j'allais pouvoir ainsi goûter aux joies immenses que procurent les courses de chevaux.

Les chevaux de l'écurie Jumper se nommaient Bojador, Aeroman, Grenville et un 4ème dont j'ai oublié le nom car c'était le moins bon du lot. Bojador, acheté une petite fortune au Prince Al Kabir à l'occasion d'une réduction d'effectif amiable, était vraiment un cheval de classe. De niveau Groupe III, il nous avait de suite donné un grand plaisir en terminant second d'une course dotée de 160.000 francs, sous la monte de Dominique Bœuf, jeune crack jockey encore à l'aube de sa carrière. Sauteur exceptionnel, Bojador suscitait d'immenses convoitises de la part d'investisseurs étrangers qui nous avait fait un pont d'or pour tenter de l'acquérir. Avant tout passionnés par les courses plus que par l'argent, nous avions repoussé ces offres et nous n'en avions pas été récompensés. En effet, sans raisons ni explications apparentes, le cheval a commencé à décliner et à aller de mal en pis.

Bojador a progressivement perdu de sa superbe, réalisé quelques contre-performances, avant de se fracturer le boulet sur l'hippodrome de Saint-Cloud, dans les dernières foulées d'une course qu'il était sur le point de remporter haut-la-main sous la poigne d'Yves Saint-Martin. Il a poursuivi sa vie de cheval comme étalon au cœur de la Normandie.

Aeroman, acheté à l'écurie de Patrick Biancone, allait quant à lui se révéler pleinement sur les haies, alors qu'il était moins doué que Bojador; 2ème du Prix Wild Monarch, une course très prisée réservée aux meilleurs sauteurs de 3 ans à Auteuil, il s'est malheureusement tué un peu plus tard sur l'hippodrome de Rouen, à la réception de la dernière haie d'une course qu'il était en train de gagner.

Ces événements malheureux m'ont alors poussé à me pencher sérieusement sur l'art et la manière de sélectionner des chevaux, puisqu'il fallait bien remplacer ceux que nous venions de perdre. Néophyte en la matière, je trouvais tous ces pur-sang aussi beaux les uns que les autres et j'avais beaucoup de mal à comprendre pourquoi certains couraient beaucoup plus vite que d'autres.

A force de multiplier les rencontres et les discussions, j'ai fini par comprendre que la manière dont tous ces chevaux de course étaient « croisés », leur pédigrée en fait, était un élément essentiel quant à leur valeur en course future.

J'ai dont commencé à réfléchir puis à travailler sur le sujet, mettant à profit mes compétences en informatique et en analyse de données. J'ai fabriqué les outils informatiques adéquats, monté les pédigrées de plusieurs milliers de chevaux, créé une base de données dite d'apprentissage, etc, etc.

« Vous proposez de devenir co-propriétaire de chevaux ? Faut-il être un turfiste aguerri pour investir sur des chevaux de course ? »

Il n'est pas nécessaire d'être un turfiste confirmé pour devenir co-propriétaire d'un cheval de course. Je recommande toutefois aux futurs investisseurs d'apprécier ce monde, d'aimer les chevaux de course, car il ne s'agit pas d'un investissement classique et même si les chevaux de course peuvent engendrer des gains importants pour leurs propriétaires, cela doit rester avant tout un domaine dans lequel le rendement financier va de pair avec le plaisir et la passion.

Pour savoir comment tout cela marche, je vous propose de vous rendre sur mon site internet et de me contacter par le biais de l'un de mes formulaires de contact.

« Combien coûte un cheval de course très jeune ? Comment les sélectionnez-vous ? »

Le prix d'un cheval de course est une notion très subjective. Dans les ventes aux enchères de jeunes chevaux, les prix peuvent dépasser plusieurs dizaines de milliers d'euros, voire plusieurs centaines, notamment lorsqu'il s'agit de pur-sang sélectionnés, aux origines prestigieuses et à la conformation parfaite.

En ce qui me concerne, la sélection s'opère en 2 étapes. Dans un premier temps, je dresse les pédigrées d'une centaine de chevaux puis je mesure le potentiel génétique de chacun de ces  chevaux en recourant à de puissantes techniques mêlant informatique et analyse de données complexes. Je présélectionne les chevaux dont le potentiel génétique est le plus élevé.

Dans un second temps, je vais sur place voir ces chevaux, accompagné d'un entraîneur à qui je vais demander de poursuivre la sélection « au cul » du cheval. L'entraîneur va d'abord procéder à un examen minutieux de l'animal dans le box, s'attardant sur son état général, sa musculature, ses aplombs, ses membres. Les chevaux présentant des défauts sont éliminés, quant aux autres, ils sortent du box et nous allons observer et analyser la manière dont ils se déplacent. Leurs allures au petit trot sont décortiquées, le mouvement des membres antérieurs, puis les postérieurs, etc.

« Comment fonctionne l'investissement par la suite, au fur et à mesure des courses hippiques auxquelles participe le cheval ? »

Les chevaux de course courent entre 15 et 20 fois par an et dans la discipline du trot monté ou attelé, les 7 premiers reçoivent une allocation. Celles-ci sont variables et pour le gagnant d'une course, elles vont généralement de 5.000 euros à 55.000 euros. Elles sont néanmoins parfois plus élevées. Le vainqueur du Prix d'Amérique, la course la plus prestigieuse dans le monde des courses de trot reçoit la coquette somme de 500.000 euros. Les co-propriétaires perçoivent alors les gains, au prorata des parts qu'ils ont acquises.

« Quelles sont les bonnes pratiques concernant cette activité ? La fraude existe-t-elle et comment se méfier des revendeurs peu scrupuleux ? »

Les bonnes pratiques consistent à se tourner vers un professionnel connu pour son honnêteté et sa connaissance du cheval; quant aux revendeurs peu scrupuleux, il en existe certainement comme dans tous les milieux et il convient de les éviter. Globalement, je conseillerais toujours d'acheter un cheval jeune, plutôt qu'un cheval « expérimenté ». Dans le même ordre d'idée, il me paraît plus judicieux de se détourner des chevaux déjà en carrière de course. En effet, s'ils sont de bonne valeur et générateurs de profits, ils ne se retrouvent pas sur le marché n'étant évidemment pas à vendre.

En effet, le propriétaire d'un cheval qui « prend des sous », préfère de loin le conserver, l'exploiter en course et encaisser le plus longtemps possible au fil de sa carrière, des gains substantiels nets d'impôt. A l'opposé, un propriétaire, un entraîneur peuvent être tentés de se débarrasser d'un cheval en carrière qui vient de se blesser, ou d'un autre qui commence à rechigner au travail.

« Pariez-vous en ligne sur le turf, vous-même ? Quelles sont les tendances du moment, vos coups de cœur de l'année ? »

Il m'arrive encore de parier, en ligne ou sur un hippodrome, mais plus rarement. Auparavant, je pouvais jouer plusieurs milliers d'euros sur la chance d'un cheval; lorsque l'on devient propriétaire de chevaux de course, on voit les choses un peu différemment et l'habitude de parier diminue. On est en fait davantage concentré sur les sommes que vont rapporter le cheval ou les chevaux dont on est propriétaire.

Actuellement, Ulysse Tivoli, un trotteur de 3 ans, qui vient à peine de débuter sa carrière s'annonce très prometteur, au même titre que Sanymède Tivoli, Panymède Tivoli et autres Jibon Tivoli issus du même élevage. Des chevaux qui ont glané plusieurs centaines de milliers d'euros sur les hippodromes français.

« Quels conseils donneriez-vous aux parieurs débutants ? »

D'acheter des parts d'un cheval de course ! Ils y trouveront ce qu'ils recherchent : le plaisir et la rentabilité s'ils savent faire preuve de patience.